Affaire Darmanin, une cause féministe ?

Photo de couverture par Jeanne Menjoulet, 2020

Par ELZA GOFFAUX,
Étudiante en 2A au campus Moyen-Orient Méditerranée à MENTON


«Remaniement de la honte », « Un violeur à l’intérieur », « Bienvenue au Ministère du Viol » : le vendredi 10 Juillet 2020, ces slogans étaient scandés à travers toute la France pour contester la nomination de Gérald Darmanin au Ministère du l’Intérieur. Ancien des Républicains, ministre de l’Action et des Comptes Publics dans le gouvernement d’Edouard Phillipe, Darmanin est impliqué dans deux affaires. Il est d’abord accusé en 2015 pour abus de faiblesse mais l’affaire est classée sans suite. En 2017 il est accusé de viol par Sophie Patterson Spatz. Les faits remontent à 2009 alors que Gérald Darmanin était chargé de mission des affaires juridiques au sein de l’UMP. Cette affaire a été réouverte pour la troisième fois en juin 2020 avec la mise en place d’une enquête par le juge d’instruction.

Le 6 juillet dernier a donc été nommé un homme accusé de viol, sous enquête judiciaire, à la tête d’un ministère régalien, pivot dans la lutte contre les violences faites aux femmes. L’exécutif met en avant la présomption d’innocence, Gérald Darmanin n’a pas encore été jugé, et l’accusé dénonce les propos diffamatoires de l’opposition. La contestation féministe est forte, mais les critiques de cette nomination dépassent la problématique de genre pour questionner l’éthique de la classe politique.

La critique féministe

Dans une tribune dans Le Monde, 91 intellectuelles et militantes féministes de 35 pays expliquent que la nomination de Gerald Darmanin, avec celle de Dupond Moretti au Ministère de la Justice, marque un « virage antiféministe ». En effet, par cette nomination, Emmanuel Macron tourne le dos à la « grande cause du quinquennat ». Une accusation de viol n’est pas un obstacle à la promotion dans le domaine politique. Dans une période de libération de la parole et de condamnation des violences sexistes et sexuelles, cette décision est un affront direct et violent aux victimes ainsi qu’aux militantes féministes.

La promotion de Gerald Darmanin au rang de « premier flic de France » a des conséquences directes sur la gestion des violences faites aux femmes. Cette nomination rend le dépôt de plainte plus difficile : la victime sera face à un policier dont le supérieur hiérarchique est lui-même accusé de violence sexuelle.

Dans une période de libération de la parole et de condamnation des violences sexistes et sexuelles, cette décision est un affront direct et violent aux victimes ainsi qu’aux militantes féministes.

Si d’un coté l’opposition dénonce la violence symbolique d’une telle nomination, de son côté, l’exécutif met en garde contre des dérives vers une « démocratie d’opinion » qui favoriserait le « jugement de rue, ou de réseaux sociaux », comme l’a expliqué Emmanuel Macron lors de son interview du 14 juillet. Ces arguments viennent décrédibiliser la critique féministe. Le président de la République met en avant une « relation de confiance d’homme à homme », l’affaire ne se discute donc qu’au sein de l’entre-soi masculin et politique. Les deux hommes ont parlé « de la réalité des faits et de leur suite ». Au-delà de la problématique du genre et de la contestation féministe, viens donc se poser un problème éthique et politique : l’exécutif se range du côté de Darmanin avant qu’il n’y ait de décision de justice.

Qu’en est-il de l’éthique de la classe politique ?

Le soutient de l’exécutif à l’accusé remet en question la déontologie et l’éthique de la classe politique. Bien qu’impliqué dans ces affaires, Gerald Darmanin n’a pas quitté son poste de Ministre de l’Action et des Comptes Publics et à même été promu Ministre de l’Intérieur. Cette situation dépasse les clivages politiques puisque déjà en 2018 le parti des Républicains lance un appel officiel à la démission de Darmanin du gouvernement. Des proches de Laurent Wauquiez, qui était alors à la tête du parti, ne reprennent pas l’appel, même si Laurent Wauquiez lui-même dénonce les « incohérences » de l’exécutif. Cet appel à démission, parmi d’autres, fait écho à une forme de déontologie politique, de règle tacite qu’est la jurisprudence dite « Beregovoy Balladur » : une personnalité politique se doit de démissionner si elle est mise en examen. Ce n’est pas le cas de Darmanin, il n’est pour l’instant que sous enquête judiciaire mais cette même enquête pourrait déboucher sur une mise en examen. Peut aussi être mise en avant la démission de François Bayrou en juin 2017 alors Ministre de la Justice. Il était accusé d’avoir salarié des employés de son parti, le MoDem, en les faisant passer pour des assistants parlementaires Européens. Il n’était pas mis en examen mais sa démission reflétait une nécessité de « transparence et d’exemplarité » de début de quinquennat, selon Beligh Nabli.

Dans le cas de la nomination de Darmanin, la situation est d’autant plus critique qu’il est à la tête du Ministère de l’Intérieur. La présomption d’innocence ne peut suffire puisqu’il n’est pas un individu comme un autre. Il est Ministre de l’Intérieur et il est donc le supérieur hiérarchique des policiers qui participent à l’enquête judiciaire ouverte par le juge d’instruction. Ce conflit d’intérêt pourrait peser sur la procédure judiciaire et policière. Face à une telle situation la présomption d’innocence, les textes de lois et le droit positif ne sont pas suffisants pour garantir le fonctionnement moral et éthique du système politique. Dans le cas de la promotion de Darmanin, le principe de précaution devrait être pris en compte. Le gouvernement et la classe politique doivent être responsables face au droit naturel et universel afin de garantir la cohérence avec l’éthique et les valeurs de notre système politique. ▣

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