Du problème de la religion en France

Photo de couverture par Patrick Fore, 2015

Par MORITZ KLEINEIDAM,
Étudiant en 1A au campus européen franco-allemand à NANCY


Un professeur décapité, des dessinateurs abattus et des supporters explosés. Leurs crimes ? Ne pas avoir respecté la loi d’une religion. Le débat qui suit ces événements semble toujours se focaliser sur les musulmans. Les uns s’insurgent contre l’amalgame et les autres demandent moins d’immigration. Lorsque l’on parle du « problème de l’Islam en France », on parle en fait des musulmans et non de la religion musulmane. Or, tout le problème, ce sont les religions. 

De la difficulté de débattre de la religion

S’il n’existe pas aujourd’hui de remise en question de la place de la religion dans la société, c’est avant tout parce que le thème est chargé d’émotions. Une critique d’un texte religieux est souvent assimilée à une attaque contre tous les croyants, alors qu’il n’en est rien ; critiquer le keynésianisme, ce n’est pas attaquer personnellement tous les doctorants en économie adeptes de cette théorie. Mais la religion n’est pas le keynésianisme : c’est une idéologie, une croyance, qui n’est pas ancrée dans la raison. 

De l’importance de l’usage de la raison

Lorsqu’on essaie de débattre de la religion, on se retrouve donc dans une situation particulière. Les croyants ne peuvent pas démontrer l’existence d’un dieu, et se réfèrent avec une certaine fierté à la « foi ». La « foi », la croyance irraisonnée, n’a pourtant rien de louable, et ce pour plusieurs raisons. 

Premièrement, il est impossible de démontrer les failles d’un raisonnement qui n’entend pas s’appuyer sur les lois de la logique. Comment, alors, expliquer à un enfant qu’il est erroné de s’opposer à l’amour entre deux hommes « parce que dieu le dit » alors que sa communauté religieuse le loue pour sa dévotion ? Comment lui expliquer qu’il n’y a rien de mal à publier des caricatures d’un prophète ? Ne nous étonnons pas des actes barbares à caractère religieux. Dès lors que l’on abandonne la raison, tout est permis. Les principes de la mesure et du débat constructif n’existent plus, et on retourne à la loi du plus fort. Si la raison est importante, c’est aussi parce qu’elle nous protège contre nos pulsions et nos instincts agressifs. 

Ensuite, se référer à la « foi » n’est en fait qu’un prétexte pour ne pas avoir à justifier ses préjugés. On le voit bien sur certaines questions sociales ; certains chrétiens s’opposent au mariage homosexuel en citant Adam et Eve, quand d’autres le supportent en se référant à « l’amour du prochain ». Il apparaît donc que les convictions religieuses ne sont d’aucune aide pour s’orienter, et ce dans quelque question qu’il soit.

De la pauvreté de la religion comme compas moral

La défense la plus fréquente de la religion est la suivante ; peu importe l’existence de dieu, ce qui compte, c’est que les croyants s’orientent par rapport aux « bonnes valeurs religieuses ». Mais où sont les bonnes valeurs religieuses ? Pas dans le Coran, qui recommande que l’on tue les homosexuels 1, ni dans l’ancien testament, qui défend l’esclavage et n’est « pas très gay pride ». Dans les 10 commandements peut-être ? Ceux dont le plus important est que « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi », suggérant que tous les adeptes d’autres religions seront punis ? Ceux qui disent qu’il est immoral de convoiter la femme de son voisin ? Notez bien que ce n’est pas d’adultère qu’il est question, mais du seul fait de désirer la femme de son voisin. Le dieu chrétien ne juge donc pas seulement vos actions, mais aussi vos émotions que, de surcroît, vous ne contrôlez pas. Ce dieu, qui vous aurait donné votre libre arbitre, serait en même temps un juge omnipotent et totalitaire ? Non, vraiment, impossible de trouver de code moral fiable dans les religions majeures.

1. 6 :80. La traduction de nombreux passages du Coran est controversée. Si vous n’êtes pas convaincus par celui-ci, vous pouvez vous référer à la misogynie (2 :223, 2 :282, 2 :228), à la violence contre les musulmans qui renoncent à leur foi (6 :93) et aux louanges dérangeantes du martyrisme (4 :74) dans le Coran.

Pour compléter ma critique des « bonnes valeurs religieuses », j’aimerais attirer votre attention sur une chose ; non seulement il n’est pas souhaitable que les croyants prennent la religion comme un compas moral, mais dans les faits, et contrairement à ce qu’ils disent, ça n’est pas ce qu’ils font ! Lisez à un croyant le chapitre 21 du Livre de l’Exode, qui détaille les conditions qui font de l’esclavage quelque chose de parfaitement moral, et il vous dira tout de suite qu’ « aujourd’hui, plus personne ne s’intéresse à l’Ancien Testament ». Faites-lui la critique des 10 commandements, et il vous expliquera que ce en quoi il croit, c’est l’amour du prochain. Autrement dit, il sélectionne dans les textes religieux les passages qui lui semblent bons ; il sélectionne les passages qui lui semblent être en adéquation avec ses valeurs. Il semble donc que la religion n’a aucune utilité d’un point de vue moral, et qu’une société qui s’en affranchirait ne serait pas déboussolée. 

Du passe-droit de la religion dans la société française

Si la religion n’aide pas les croyants à agir moralement, et que l’existence d’un dieu ne saurait être démontrée, n’est-il pas excessif de souhaiter qu’elle soit éradiquée ? Non, parce que le tabou autour du thème de la religion s’étend aux pratiques barbares inspirées des textes sacrés qui persistent aujourd’hui.

Dès lors que l’on abandonne la raison, tout est permis. Les principes de la mesure et du débat constructif n’existent plus, et on retourne à la loi du plus fort. Si la raison est importante, c’est aussi parce qu’elle nous protège contre nos pulsions et nos instincts agressifs. Ensuite, se référer à la « foi » n’est en fait qu’un prétexte pour ne pas avoir à justifier ses préjugés.

J’aimerais un instant m’attarder sur la question de la circoncision. Comment est-il possible que personne ne s’insurge contre la mutilation de bébés ? Je ne vois que la peur d’être traité d’antisémite. A ceux qui vantent les bienfaits médicaux de la circoncision, voudriez-vous vous réveiller un jour dans un hôpital, et apprendre qu’on vous a enlevé votre appendice pendant votre sommeil ? 

De la religion modérée

Certains verront dans cet article une caricature de la religion et des croyants, et souligneront l’existence de personnes modérées, sages et bonnes, qui voient dans le divin quelque chose qui les réconforte et les incite à faire le bien. Je pense que même cette forme de la religion n’est pas bénéfique à la société.

L’argument présenté est souvent le suivant ; « je crois en dieu et cela me réconforte, je ne penserai jamais à vous imposer mes croyances, mais j’exige en retour que vous ne m’imposiez pas les vôtres ». S’il paraît à première vue parfaitement raisonnable, ses failles apparaissent lorsque l’on change les termes. Considérez une version légèrement modifiée de l’argument : « je ne crois pas au réchauffement climatique, je ne penserai jamais à vous imposer mes croyances, mais j’exige en retour que vous ne m’imposiez pas les vôtres ». La faiblesse de l’argument est le suivant ; il en découle qu’aucune croyance ne doit être justifiée. J’entends bien que dans le premier exemple, l’auteur de l’argument ne nuit à personne, alors que dans le deuxième exemple son comportement est nuisible, mais il n’en demeure pas moins que ces deux individus ne justifient pas rationnellement leurs positions, et qu’ils se donnent l’autorisation d’agir en accord avec celles-ci. 

Du progrès

Au bout de notre réflexion, il faut se poser la question suivante : que perdrait-on avec la religion ? Pas la morale, certainement. Au contraire, on gagnerait en humanité en s’affranchissant de rites barbares, et en intelligence en fondant ses actions non sur une « foi » synonyme d’instinct, mais sur des raisonnements logiques cohérents. 

La religion a des impacts néfastes bien précis, que j’ai essayé de décrire. Mais elle rentre dans un cadre plus large, celui de la paresse intellectuelle. Prendre des choses pour vrai sans pouvoir les démontrer n’est pas une force. Il faut sans cesse interroger les choses que l’on croit évidentes. Cela se fait dans le débat. C’est pourquoi j’espère que la religion et les pratiques qui y sont liées auront une place dans le débat public à l’avenir. Pour le progrès, contre la paresse intellectuelle, contre l’homophobie, contre la mutilation des enfants, contre le terrorisme, contre la religion. ▣

Rappel : les opinions qui sont exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’écrivain et pas nécessairement celles de l’équipe de Sciences Political Review.

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